Alex Delivet : "Le no-code est l'avenir du système d'information des PME"

Fondateur des conférences B2B Rocks, Alex Delivet a développé Collect, une solution numérique pour faciliter la récupération de documents clients à destination des PME. Il a lancé Collect en décembre 2019 et a été un témoin privilégié de la transformation forcée des entreprises pendant la crise sanitaire. Interview.

Quel a été l'impact du coronavirus sur la demande pour les outils numériques comme Collect ?

Il est certain qu'avec la Covid-19, il y a eu des changements concernant le comportement de nos interlocuteurs dans plusieurs secteurs d'activité. Avant la Covid-19, il était souvent difficile d'avoir une oreille attentive ou même une réponse lorsque l'on prospectait des entreprises. Cela a complètement changé à partir de fin mars, où nous avons observé un intérêt plus que grandissant pour nos services.

Cette période a généré, pour Collect, un intérêt soutenu de la part de nombreuses professions dont les experts comptables et les avocats. Mais d'un autre côté, une partie de nos clients et prospects qui eux travaillent dans l'immobilier ou l'événementiel, ont vu leur activité totalement stoppée et nous ne pouvions plus avancer avec eux.

La communauté des entrepreneurs tech, dont je fais partie, a été une observatrice privilégiée du choc digital et de la transformation à marche forcée du monde des entreprises. Auparavant certains secteurs refusaient systématiquement la signature électronique, aujourd'hui, elle a été massivement adoptée. Là où il n'y a jamais eu de digitalisation du processus de gestion de projet, aujourd'hui, il y en a.

En tant que startup, tout ça n'est pas nouveau pour nous. On utilisait déjà Slack, Zoom ou Microsoft Teams avant la crise pour communiquer. Nous avons tout simplement été rejoint par les autres. J'espère juste que les nouveaux outils continueront à être utilisés après la crise sanitaire. Il est clair que les dirigeants de tous les secteurs d'activité ont pu constater que ceux qui ont été les plus compétitifs pendant le confinement ont été ceux qui se sont donné les moyens d'investir dans les outils numériques. Les leaders d'aujourd'hui sont ceux qui ont su automatiser les tâches à faibles valeurs ajoutées d'hier.

Nous observons des recrutements de spécialistes en communication interne et de développement d'outils collaboratifs. Est-ce la meilleure façon de réussir sa transformation numérique ?

Vu l'ampleur de la crise, il est plus judicieux de prendre les solutions qui existent déjà sur le marché. Collect, par exemple, donne aux entreprises les moyens pour faciliter la collecte de documents. Pour ceux qui souhaitent investir dans le développement d'un système interne d'automatisation de ce type de tâches, ce sera un investissement bien plus coûteux. Nous proposons un portail et un système de validation. Selon les besoins du client, nous pouvons le mettre en relation avec d'autres outils spécialisés comme un système de stockage ou d'extraction de données s'appuyant sur de l'intelligence artificielle. L'idée est d'adopter des solutions qui existent déjà et de les intégrer de façon à les faire parler entre eux. Cette tendance s'appelle le no-code et c'est probablement l'avenir du web.

Quelles sont les raisons qui vous amènent à dire que le no-code sera l'avenir du système d'informations des PME ?

Je pense que 95% des entreprises peuvent se contenter de logiciels déjà existants et n'ont pas besoin de faire des développements spécifiques. La grande nouveauté avec le no-code est que l'on peut faire communiquer les logiciels entre eux et accroître considérablement leur couverture fonctionnelle.

Dans le cas de Collect, il y a plusieurs façons de permettre à l'outil de dialoguer avec d'autres logiciels. On a une interface de programmation (API) et une intégration avec un logiciel qui s'appelle Zapier. Ce logiciel nous permet de connecter Collect en amont pour faire des demandes de récupération de documents en fonction de ce qu'il se passe dans un logiciel métier (ex: un CRM, un logiciel RH,...). Et en aval, nous pouvons transmettre tous les documents collectés à des logiciels métiers ou à des solutions de stockage connues comme Dropbox ou Google Drive. De cette façon, Collect travaille avec des applications avec lesquelles nos clients sont déjà habitués. Les informations récoltées sont transférées directement là où ils ont l'habitude de travailler.

La crise sanitaire a accéléré la transformation numérique. Mais est-ce que l'adoption de nouveaux outils pour faciliter le travail à distance est suffisante pour améliorer la compétitivité des PME françaises sur le plan international ?

On est un peu en retard par rapport aux pays anglophones, mais nous sommes en même temps bien placés par rapport aux pays latins. L'enjeu pour la France dans un contexte où tous veulent basculer vers l'économie numérique est de pouvoir maintenir une avance sur les pays latins et de rattraper notre retard sur les pays anglophones. Une des raisons de ce retard, est le fait que beaucoup de français ne parlent pas bien l'anglais ce qui les empêchent d'adopter et d'utiliser certains logiciels US. Comme aujourd'hui le nombre de logiciels en langue française a considérablement augmenté, il n'y a plus d'excuse pour que nous ne rattrapions pas ce retard. Nous pouvons aussi constater que les géants américains localisent aussi de plus en plus leurs solutions. Comme Dropbox par exemple, qui est disponible en français. Ce n'était pas le cas il y a quelques années. Si une entreprise française souhaitait utiliser du stockage en ligne, elle devait trouver un acteur français qui propose un service comparable.

Il nous reste tout de même du chemin à parcourir en comparaison à d'autres pays qui ont des utilisateurs habitués à des technologies avancées. Le retard en France par rapport à l'utilisation des technologies peut surtout être observé dans les entreprises qui ne sont pas du monde des startups et de la technologie. Si nous prenons l'exemple du monde légal, nous pouvons noter une différence considérable entre les avocats américains et français du même âge dans l'utilisation de la technologie. Les avocats américains sont beaucoup plus habitués à utiliser des logiciels et à les combiner entre eux pour améliorer leur productivité.

Comment fait Collect pour se différencier sur le marché international et répondre à la compétition anglophone ?

Notre plus-value par rapport aux acteurs "historiques" du stockage en ligne a été de créer une nouvelle méthode de récupération des documents. Quand la plupart des solutions proposent de créer un compte pour télécharger des documents, nous nous invitons l'utilisateur sur un portail qui transférera les documents sur un système de stockage existant. C'est beaucoup plus simple pour l'utilisateur.

La différence se joue souvent dans les détails. Par exemple, pour un client qui prépare des relances par email, nous lui proposerons un système de personnalisation d'email puissant qui s'arrêtera automatiquement dès que les documents sont récupérés.

Dans le processus de développement de Collect, nous nous sommes concentrés sur l'expérience utilisateur qui est aujourd'hui nettement supérieure aux autres.